Le jeu des trois erreurs

La seule expression qui me vient à l’esprit en faisant un petit effort de mémoire : à qui perd gagne ! Ce qu’on aura vu, c’est un festival d’erreurs de jugement et un rebondissement suggéré comme « hors norme », mais je n’y crois pas après une bonne nuit. Par contre, j’ai passé un bon moment et me suis cru dans Astérix en voyant la tête de Zetsche reluquant ses deux Flèches d’argent devenues beiges – couleur sable. C’est la première fois que je vois une moustache prendre la forme du dépit, sorte de U inversé. En attendant, parlons de cet accrochage : j’ai vu trois erreurs majeures.

Erreur n°1 : Rosberg

Nico a fait deux erreurs, ce qui est beaucoup en trois virages (vu qu’il n’a pas pu atteindre la corde du quatrième…). La première est de s’être trompé de mode moteur sur la grille de départ. D’ailleurs, je m’étonne un peu de voir qu’il a pu passer Lewis à l’aspiration dans ces conditions, mais passons, je ne suis pas assez compétent pour pouvoir juger. Reste que le freinage de Nico au virage 1 est superbe, et c’est sûrement sur le pilotage au sens noble du terme qu’il était concentré à ce stade. En restant par contre sur le mode « safety-car », il a permis à Lewis de bénéficier d’une survitesse sur laquelle l’Anglais – jamais en retard d’une fourberie – a basé son attaque. La deuxième erreur a été de se rabattre un peu tard pour couvrir la trajectoire intérieure à la sortie du 3. Ca n’était pas trop tard au sens du règlement, mais c’est un peu tard en terme… de bon sens. J’ai la nette impression que pendant une fraction de seconde, Nico a été absorbé par les molettes de son volant, et qu’il a réagi dès qu’il a eu conscience de la gravité de la situation. Un poil tard, donc. De là à lui mettre l’accrochage sur le dos ? Pas pour moi. La vérité est ailleurs : depuis Spa 2014, Nico s’est toujours couché. Il a fallu laisser passer l’orage, se reconstruire, et cette version II de Rosberg à quelque chose de plus. La confiance. A la simple vu du classement pilotes, Lewis aurait dû se douter que le vent avait tourné dans le registre du corps à corps également.

Erreur n°2 : Hamilton

Je reste persuadé que Lewis a commis un énorme pêché d’orgueil. Souvenez-vous de ses propos d’avant-course : « Je veux quelque chose de spectaculaire ». C’était un peu hors de propos. Sous-entendu : soumettre Nico, l’écraser mentalement, en un mot, reprendre l’ascendant psychologique. Passer là où Nico fermait la porte aurait été un spectaculaire moyen physique de lui montrer qu’il ne pouvait rien contre lui. Seulement voilà, la porte s’est refermée avant même qu’il ait le temps de s’y engouffrer, et il aurait dû le prévoir. Je reste persuadé que s’il pointe à l’intérieur pour se jeter à l’extérieur, le différentiel de vitesse (qui existait – 17 km/h – sans être énorme) était suffisant pour faire l’extérieur au virage 4. Sachant qu’il aurait eu le 5 pour lui, Nico aurait été vraisemblablement trop court pour lui tenir tête. En l’état, il était évident que Nico – à mi-piste – allait couvrir le côté court, et je ne comprends ni comment Lewis a pu croire qu’il ne le ferait pas, ni qu’il pourrait passer avec un Nico serrant sa droite. Ou plus exactement, si, je comprends. Vu les difficultés à dépasser dimanche, celui des deux qui finirait le premier tour en tête avait la course entre les mains. Ce virage 4 était donc l’instant de vérité que Lewis avait promis à Nico. Il ne faut pas s’y tromper : sa gestuelle dans le bac à sable était celle d’un pilote dévasté qui comprend qu’il vient de faire une énorme ânerie, pas celle d’un pilote en colère qui vient de se faire sortir par son équipier. La réalité est plus fine, mais à l’instant où la voiture s’arrête dans le bac à sable, il ne le sait pas.

Erreur n°3 : la nôtre !

Notre erreur, celle de tous les gens qui suivent la F1, est de penser que cet incident est un coup de tonnerre. A tête reposée, il arrange tout le monde. Si si. Nico avait course quasi perdue après les qualifs Lewis avait la course quasi perdue après le premier virage. Les deux auraient pu connaître un désastre si une des deux Mercedes était repartie. Au lieu de cela, 1-1 balle au centre. Mercedes peut se glorifier de laisser se battre à outrance les deux pilotes. Certes, il y a les 43 points perdues devant le grand patron. Mais en réalité, Mercedes repart d’Espagne avec 39 points d’avance au classement pilotes, et 46 au championnat constructeurs. Ce n’est peut-être plus l’Autobahn Stuttgart-Münich, mais c’est toujours un boulevard. Pourtant, on va reparler de relance alors que sur la piste, l’écart reste indécent entre Mercedes et le reste du plateau. Cerise sur le gâteau : la W07 n’a pas eu à montrer ce qu’elle avait dans le ventre sur le tracé le plus sélectif de la saison. Quand on voit l’écart concédé en trois virages après le départ, je me dis que ça aurait été un carnage si les deux avaient lutté sans relâche. Finalement, j’ai « juste » été très surpris de voir Lauda – pro-Hamilton notoire – prendre parti pour Nico après l’accrochage. Peut-être que l’élu de Mercedes pour cette année 2016 s’appelle Nico, finalement. Ce serait une pincée de sel sur un bon chocolat noir : contre-nature, mais de mauvais goût, pas forcément.

Tout cela pour dire que le véritable perdant de cette course est Ferrari : avoir laissé filer cette victoire là au profit de Red Bull rappelle 2015, et ce n’est pas bon signe ? Toto ? Il va très bien, merci pour lui !

PS : au fait, trop jeune, Max ?

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5 réflexions sur “Le jeu des trois erreurs

  1. Bonjour,
    Belle analyse pour un GP indécis jusqu’à la fin. On peut rajouter que la série de 7 victoires consécutives de Nico a trouvé son terme en Catalogne.

  2. Merci M7. Je partage sauf sur un point. Un résultat blanc des deux pilotes d’une écurie est toujours plus favorable à celui qui mène au points puisqu’il reste une manche de moins pour être rattrapé. Donc de mon point de vue Hamilton avait là, en plus des autres que tu cites, une raison de tout faire pour éviter l’accrochage. J’aime beaucoup ta façon de résumer le cas Verstapen. J’y vois un sacrément beau compliment de ne pas en dire plus.

  3. Brillant ! … c’est tout très vrais … petit point ou plutôt précision …
    Sur la grille, les autos sont en position « Start » … c’est le programme spécial pour le départ, il est spécifique comme gestion de moteur, il est actif pour 30 sc à partir du moment ou est relâché l’embrayage. Au bout de 30sc, l’auto passe automatiquement sur le programme moteur normal … celui sélectionné avant la sélection du programme de démarrage par défaut … sauf bien sur si le pilote sélectionne un autre programme pendant les 30sc …
    C’est pendant le tour de formation, avant de rentrer en grille que Nico devait sélectionner son programme moteur pour la course … il a ou, oublié ou, fait une fausse manœuvre et au moment du changement , il est tombé sur le programme « économie de coco » qui est utilisé sous Safety car et aussi pendant le tour de mise en grille …

  4. Bien vu et particulièrement d’accord avec le « n°3 » !
    Merci à toi.

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