Eau Rouge

Mon plan initial était un billet sous forme de dialogue acide au sujet de Red Bull, des diffuseurs, de Silverstone, avec en toile de fond le retour à la normale et les petites questions qui restent en suspens et qui ont été bien vite étouffées dans un consensus quasi général. Dérangeant à mes yeux paranoïaques. Sauf qu’on arrive à Spa, et que j’avais envie d’écrire un truc sur ce qui a donné son nom à ce blog : l’enchaînement Eau Rouge-Raidillon.

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Cet enchainement fait partie des chosens qui m’ont filé cette passion que je crois sentir faiblir…. jusqu’au mardi d’avant-course. Au même titre que le duel Prost-Senna, Ferrari, la boîte semi-automatique, Alain Prost, Ayrton Senna, Michael Schumacher, le karting, l’Eau Rouge EST la F1. Bref. Et je me souviens que mon esprit de jeune homme a été bouleversé à l’époque par cette choquante découverte : si si, on peut s’engager flat out dans un virage sans en voir la sortie, à quelque chose comme 290km/h. Il y a tout. La vitesse, d’abord. L’enchainement se négocie aux alentours des 300km/h. Une vitesse ou les F1 évoluent en général en ligne droite. Le dénivelé ensuite. Ca descend très fort, ça compresse pour remonter encore plus fort. Le risque, également : comme le Tunnel ou la Piscine à Monaco, le Raidillon est loin d’être sécurisé, et ne le sera jamais. Une casse à cet endroit, et on peut voir un drap blanc. Le cadre, enfin. Le rouge et blanc des vibreurs qui s’entremêlent avec le vert des arbres environnants et le gris du bitume. Le Raidillon, c’est l’essence même de la Formule 1 : il est au Circus ce qu’ est une braise écarlate est au milieu d’un tas de cendres (qui vaudrait des millions de dollars, certes).

Mais ceux qui en parlent le mieux, ce sont encore les pilotes. Alors laissons les parler, car loin de la langue de bois, on voit leurs yeux briller aux travers de ses lignes…

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Ayrton Senna (1990, répondant à la question : « Qu’est-ce qui vous a décidé à renoncer à le faire [passer l’Eau Rouge à fond]) « Mon instinct de conservation… Le virage arrive tellement vite… Tellement vite. De l’entrée au milieu, c’est là que tout va se décider. Avant de parvenir à l’entrée, l’anticipation est aussi liée à la raison pour laquelle vous allez essayer de passer à fond ou non. Ca peut vous faire gagner, ou vous faire perdre. Les conséquences du risque de réussir, et l’évaluation du temps que cette réussite peut vous faire gagner. Tout ce processus implique que vous y pensiez depuis le tour précédent, depuis le matin, depuis la veille, et même chaque fois que vous êtes venu… Je m’étais fixé comme objectif un nombre de tours moteur donné que je voulais pouvoir lire après le saut, et je l’ai atteint. Je m’étais dit que si je pouvais y arriver, je serais dans la bonne plage pour le moteur, et qu’à partir de là, il allait bien monter en régime… »

Jacques Villeneuve (2001)  » Il faut être courageux au moment d’aborder cette montagne. À chaque passage, c’est un combat avec votre instinct de survie pour garder votre pied droit à fond. À chaque tour on tente de repousser un peu plus loin la limite. S’il n’y avait pas de risque, il n’y aurait pas d’intérêt. Ce serait comme marcher sur un fil à un mètre du sol. Tout le monde pourrait le faire. « 

Jacques Villeneuve (2001) « Eau Rouge : c’ est le meilleur feeling pour un pilote . C’est rapide, très rapide, mais c’est le relief qui impressionne. Vous descendez une côte, ça tourne légèrement à gauche et dès que vous entreprenez un changement de direction, vous recommencez à monter. C’est totalement « aveugle », vous voyez un mur en avant et vous montez vers ce mur. C’est trop serré pour la vitesse que nous y arrivons et nous ne devrions pas essayer à ces vitesses. Parce que ça monte, il y a beaucoup de pression, vous vous battez fort et soudainement vous êtes passé de l’autre côté. Ensuite, vous changez de direction encore, la voiture semble plus légère et vous bondissez sur les bosses. Alors vous foncez dedans et la voiture fait le reste du travail, c’est la survie, c’est fantastique. »

Michael Schumacher (2006) « À chaque tour, c’est un défi, il faut être concentré au maximum et cela devient même délirant sous la pluie. Lorsque vous arrivez au pied de cette courbe vous n’en voyez pas le sommet. Vous foncez à 280 km/h droit sur un mur. C’est un peu comme si vous voliez avec un F16 droit sur une montagne et que vous tiriez le manche au tout dernier moment pour surmonter l’obstacle. C’est une sensation unique. Vous avez une compression terrible suivie d’une ascension où vous avez l’impression de vous envoler vers le ciel.”

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15 réflexions sur “Eau Rouge

  1. Tu fais bien de dire que ça passe à une vitesse qu’on trouve généralement en ligne droite parce que en effet, l’Eau Rouge n’est plus un virage depuis que Bernie Ecclestone est passé par là. Tout au plus reste-t-il l’effet de compression mais pour ça il suffit de faire des montagnes russes et on aura le même effet très « need for speed » d’ailleurs.

    Le vrai Raidillon par contre, là oui il en fallait.
    Une image en 1974 et si vous fusionner avec une vue similaire contemporaine, vous aurez un choc en voyant à quel point ils l’ont redressé.

    (je sais pas trop comment mettre une image, si ça te tente, merci de l’incruster).

  2. Ah oui, quand tu vois la video de Kimi et la tienne ouh là là pour raboter y z’ont raboté les salauds! vraiment plus grand chose à voir!

  3. En fait le vrai Raidillon, aujourd’hui c’est la zone de dégagement, c’est tout dire.
    A cette époque-là, en 1974, il fallait rétrograder pour prendre le virage de l’Eau Rouge, même avec ces voitures là, celles des 24 heures, ça ne passait pas à fond.
    Et les motos là-dedans…Read, Sheene et Roberts roues dans roues, le genoux par terre, ça méritait le déplacement !

    Cadeau. ^^

  4. Sur ce que j’ai vu, il n’est pas possible d’inscruster en commentaire des images (ou alors, je ne sais pas comment, ce qui est possible également).

    Par contre, mettez vos photos, images, videos de ce genre. Je ferai un post rétro en continuité de celui-ci pour mettre ce qui vaut le détour.

    C’est vrai que la différence avec avant est énorme et que les obstacles naturels « obligent » à casser le virage pour avoir un minimum de dégagement (bien que dans mon idée, il y en a si peu vu les vitesses de passage que c’est une illusion, mais passons). Ca devait vraiment valoir le détour.

    Curieusement, ce n’est pas un virage qui a fait dans de casse que ça en plus. Il y a eu Bellof (ce qu’il a tenté était complètement fou) et quelques autres mais globalement, quand Spa a tué, ce n’était pas au Raidillon.

  5. ah ben non, y’a pas moyen. bizarre de pouvoir incruster de la vidéo mais pas d’images…

  6. Parce qu’en plus tu en doutais !

    Blague à part, je suis surpris qu’on puisse poster une vidéo en lien direct mais pas d’image, moi aussi. Je vais aller fouiller dans les menus au cas où, mais WordPress a ses raisons que la raison n’entend pas.

    Je comblerai mon retard sur l’Alternatif pendant les 15 jours (de vacances !) qui viennent, sinon.

  7. ben je dirais pas que j’en doutais; mais j’en étais pas convaincu.
    c’est pour ça que j’ai essayé avec un tag html… ça marche pas.

  8. tu dois avoir des options dispo; par exemple sur le wordpress de lionel tu peux pas poster de videos… alors que chez toi, si.

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