La balle dans le pied

Se battre avec un jeune pilote aux dents longues et au pied droit très lourd qui vient de décrocher son premier titre, c’est très difficile. Quel que soit votre nom,  a fortiori quand votre jeune rival est plébiscité par l’équipe, et qu’il en incarne l’avenir. Webber est exactement dans cette situation-là. Et le moins qu’on puisse dire est qu’il ne le gère pas bien. Mais peut-on bien gérer ce genre de situation ? Le week-end dernier, Webber a perdu. Une remise en place sévère, et chronométriquement humiliante : si la n°2 a fait illusion le vendredi, les mouches ont sérieusement changé d’âne le samedi : +0″857 le matin, et +0″604, +0″568 et +0″866 en Q1, Q2 et Q3. Mon idée est que l’Australien est en train de perdre la partie, mais que c’est en coulisses qu’il la perd, bien plus que sur la piste. On a vu l’an dernier qu’il n’y avait pas forcément un boulevard en terme de vitesse pure. Mark est un dur, un rugueux, très rapide en qualifications, et pas du genre à se laisser impressionner en course. Voir l’épisode turc pour les amnésiques. Les ingrédients sont là, donc. Sauf qu’il a un tueur en face de lui, un tueur à la Dexter. Contrairement à l’idée reçue qui en fait un « nice guy », tueur Vettel l’est avec et sans le casque. Dans son fonctionnement, il me fait penser à Valentino Rossi. Une image très travaillée, décontracté, drôle et souriant, derrière laquelle se cache un sportif dont chaque action est calculée et tournée vers un seul but : la victoire.

L’Allemand a parfaitement bien compris qu’en faisant l’unanimité dans l’équipe et face aux journalistes, il s’achetait deux choses : la première, c’est une dévotion sans faille de son équipe et le traitement qui va avec. Les intérêts commerciaux font de toute façon le reste. La seconde, c’est une certaine indulgence des observateurs au moment d’envisager ses propres erreurs. Une nouvelle fois, l’épisode turc est révélateur : nombreux ont été ceux qui ont chargé son équipier alors que les images étaient claires et sans appel. Pour qui voulait les voir. Si Vettel s’est probablement inspiré de Michael Schumacher dans sa façon d’aborder la compétition et son environnement, il a surtout évité de commettre les mêmes erreurs que son aîné. Aujourd’hui, Vettel est non seulement un numéro 1 mondial légitime quoique potentiellement hégémonique, mais aussi admiré et approuvé. De quoi renforcer drastiquement sa position. Or, Webber alimente ce cercle vicieux, bien involontairement, mais en agissant trop… en humain, comme aurait dit Nietzsche. Surtout vis à vis de son équipe. Dans le tour d’honneur de Silverstone, son «  »Not bad for a second driver… » était certes revanchard et un brin cynique, mais malhabile au possible : il mettait son équipe et son équipier au pied du mur… Il n’est jamais bon de vexer son employeur, surtout quand un collègue brillant est un excellent communicateur…

Même chose en fin de saison dernière où Webber a caché sa fracture à l’épaule au monde entier. Y compris son équipe. Le but était logique : éviter de donner l’information à ses adversaires et à son équipier au premier chef. Mais en mentant à son équipe, Mark s’en est coupé un peu plus… Double peine, vu le verdict de la piste, et dangereux pour la suite. En le voyant immobiliser sa RB7 fumante (les disques de freins) à la sortie des stands et s’en éloigner contrit, j’ai immédiatement pensé à la réaction de l’équipe… Derrière une monoplace, il y a des ingénieurs, des mécaniciens, des designers, tous les gens qui y travaillent à la fois dans le stand, mais aussi à Milton Keynes… Bref, son équipe, toute son équipe. Et lui tourner le dos de cette façon est une erreur, malgré la déception bien compréhensible. Vettel, lui, flatte sa voiture, lui caresse le museau dès qu’il en a l’occasion, à la manière d’un cavalier reconnaissant. Mika Häkkinen faisait la même chose chez McLaren pendant son règne. Coulthard a vu le résultat… Après la course, on a vu pour la première fois Helmut Marko, mentor de Vettel, prendre la défense de Webber en suggérant un problème sur le châssis de la n°2. Parce qu’il sent qu’il ne sera plus dangereux pour son poulain ?

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3 réflexions sur “La balle dans le pied

  1. Etant donné qu’exceptionnellement je n’ai pas vu la course (je ne pourrai la voir que dans l’après-midi), le Casque par casque n’arrivera que demain au mieux !

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