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Si vous aviez une seule chose à retenir de cette course, ce serait quoi ? Le premier podium de Romain Grosjean ? Le retour en forme du duo Vettel/Red Bull ? Ou les deux actions qui ont vu Nico Rosberg envoyer joyeusement Alonso et Hamilton aux fraises ? En ce qui me concerne, c’est très clair : mais bon Dieu, quelle mouche a piqué Nico Rosberg ? Si les mêmes gestes avaient été l’oeuvre de l’autre Mercedes, on aurait hurlé à l’infâme ordure. Et Schumacher n’aurait pas coupé à sa sanction. Je suis navré (mais pas surpris) de voir qu’on a autant bavé après la manoeuvre de Schumacher en Hongrie face à Barrichello, pour valider un tel geste deux ans plus tard. Parce que c’était un mur ? Sauf que même si c’était moche et inutile, il y avait la place. Là, non. En réalité, Rosberg, par deux fois, a failli causer un gros crash. La première méritait un drapeau noir et blanc, la deuxième un drapeau noir. La non-réaction des instances est aussi risible et orientée que la réaction d’Alonso est justifiée. En parlant de l’Espagnol, son compte Twitter est une bonne surprise, je vous le conseille : on y découvre un Alonso subtil, malicieux et drôle. En tous les cas, si le dégagement avait été herbeux, on avait droit à un énorme carton. Et au moment où Rosberg fait ça, il ne peut pas savoir à quel point cette zone est poussiéreuse (ou non) et glissante (ou non).
Il prend le risque, et tant pis pour les autres. Pourquoi ne pas l’avoir sanctionné ? La première raison, c’est un manque de courage évident. Appelons un chat un chat : on ne veut pas fâcher Stuttgart, quitte à tutoyer le ridicule. Or, la deuxième action se produit parce que la première n’est pas sanctionnée. La responsabilité des commissaires est engagée, et Emanuele Pirro n’a certainement pas fait son travail en ne soulignant pas assez la soudaineté de la manoeuvre. La deuxième, c’est que la règle ne le prévoit pas, tout bêtement. Le règlement oblige à un seul changement de ligne, et à laisser l’espace d’une machine sur le replacement. Ce que Rosberg a fait : un seul changement de ligne, et la place à sa gauche au freinage suivant. Rosberg a su jouer de la règle. Après, la règle pure est une chose, le bon sens et la mise en danger de l’adversaire en est une autre. Le pilote dans le jury est là pour ça. Lorsque le verdict des commissaires précise que le mouvement de Rosberg n’est pas saccadé, on tutoie la débilité profonde : il ne peut être saccadé car l’Allemand vient fermer le plus vite possible l’angle. Donc en effet, pas saccadé. Mais brutal et imprévisible puisqu’il ne va même pas chercher le vibreur extérieur comme les autres tours du virage 3.
Ou le geste est pourri, c’est à deux titres : Rosberg surprend Alonso comme Hamilton, qui arrivent en sortie de virage en survitesse et collés aux échappements de la Mercedes. Ils ont le choix entre le contact et la sortie de piste. Rosberg prend le risque lui aussi de se faire percuter. Le reste est une affaire de réflexe. Rester à côté ou non relève de la décision, par contre. J’aurais également mis une pénalité à Hamilton, qui a doublé hors piste : « A con, con et demi » est un principe très dangereux dans un sport où on peut mourir. Pas que la manoeuvre soit dangereuse : elle est stupide, et c’est typiquement le genre de passe d’armes où il est bon de rappeler les limites. A tout le monde. Ensuite, Rosberg voit très bien que son adversaire est à côté. Au lieu de le laisser revenir sur la piste, il met les deux roues sur la bande blanche. C’est ce détail qui me fait dire qu’il maitrisait la manoeuvre de A à Z et qu’il avait parfaitement conscience de la position délicate de ses challengers. Ce n’est pas à son honneur. Encore une fois, si Hamilton perd sa McLaren ou Alonso sa Ferrari dans la poussière, il se passe quoi ? Qui sait comment retombe une F1 qui décolle par imbriquement des roues ?
Pourquoi avoir fait ça ? J’ai mon idée. Rosberg vient de gagner sa première course, et fort logiquement, une dose supplémentaire de confiance arrive avec. C’est humain. A lire son discours après la qualifs, je pense qu’il croyait la victoire possible. En course, son rythme est rapidement venu doucher ces ambitions là. Déception, et retour sur terre. Il ne faut pas oublier qu’en Chine, il a survolé le week-end, qu’on parlait d’une possible domination de Mercedes à la régulière, et que certaines voix se sont élevées (dont Berger) pour dire que Nico était mûr pour le titre. Le dimanche suivant, vous vous apercevez que vous allez prendre 50 secondes dans la tronche. Dur dur. Peut-être un peu de déception et de frustration. En tous les cas, ce n’est pas une raison pour faire des choses comme ça. Après, je ne suis pas surpris. Hamilton et Schumacher sont des pilotes très surveillés. Des gens comme Webber ont continué pendant ce temps à faire de jolies saloperies dans l’indifférence la plus totale. Ce week-end, Rosberg a formidablement démontré qu’on pouvait se permettre n’importe quoi à condition d’avoir une allure de jeune premier et les appuis qu’il faut en haut. Qu’il se méfie quand même : Alonso est du genre rancunier et à ce qu’il faut entre les jambes pour lui rendre la monnaie de sa pièce. Chez McLaren, on s’en souvient. Et ce sera pas volé.














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